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# Au coin
- URL: https://luciemoira.ghost.io/12-10-26-enseignants-etrangers-koweit/
- Published: 2026-10-12T09:48:49.000Z
- Updated: 2026-10-12T09:48:49.000Z
- Description: Le ministère de l'Éducation du Koweït a décidé de se débarrasser de ses enseignants étrangers suscitant l'inquiétude des pays arabes voisins.
- Author: Lucie Moira
- Tags: Koweït

## Au coin

C’est la tuile. Des milliers d’enseignantes et enseignants ont appris la nouvelle ce 9 septembre via Sahel, l’application [d’accès aux services publics](https://kuwaitcalculator.com/sahel-app-guide?ref=luciemoira.ghost.io) de l’État koweïtien. Titré « Avis de cessation de contrat », le message les informait de la fin imminente de leur mission : [en décembre, après 3 mois de préavis](https://english.ahram.org.eg/UI/Front/Inner.aspx?NewsContentID=577309&ref=luciemoira.ghost.io).

![Page d’accueil de l’application Sahel, 3 carrés bleus sur fond blanc. À droite de l’image, le logo de la KUWAIT POLICE.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/10/01-sahel-app.webp)

Sahel (dont le nom n’est pas lié au désert mais signifie « facile » en arabe), c’est aussi votre application de choix pour payer vos amendes routières. © Ministère de l’intérieur du Koweït.

Plus de 7 000 personnes sont concernées ([1 551 hommes et 5 468 femmes](https://www.newarab.com/news/kuwait-terminate-contracts-7000-foreign-teachers?ref=luciemoira.ghost.io)). De quoi faire l’économie, selon les chiffres gouvernementaux, de [42 millions de dinars](https://timeskuwait.com/education-ministry-begins-phased-termination-of-7019-expatriate-teachers/?ref=luciemoira.ghost.io) (environ 120 millions d’euros). C’est le résultat attendu d’un rapport du ministère de l’Éducation ayant identifié un « *surplus* » de [33 268 enseignants](https://gulfnews.com/world/gulf/kuwait/kuwait-terminates-7000-teachers-of-various-nationalities-to-tackle-staffing-surplus-1.500667663?ref=luciemoira.ghost.io) « *tous domaines et classes d’âge confondus* » (sur environ 90 000 postes au total).

Un seul point commun à tous ces enseignants licenciés en pleine rentrée : leur origine étrangère. Comme ses nombreux voisins, le pays du Golfe est riche d’une main d’œuvre étrangère considérable : environ 70 % de la population. Parmi ces derniers, les Égyptiens sont les deuxièmes plus nombreux (après les Indiens). La nouvelle inquiète donc leur pays au plus haut point, d’autant qu’ils sont particulièrement présents dans l’enseignement (la langue arabe n’étant pas tout à fait aussi répandue à Delhi). Le chiffre exact de ressortissants du Caire concernés n’a même pas été [communiqué à leurs représentants](https://www.newarab.com/news/kuwait-terminate-contracts-7000-foreign-teachers?ref=luciemoira.ghost.io), mais tout laisse penser que ce seront surtout elles et eux qui feront les frais de ce licenciement maousse. Au printemps dernier, [Mena Jobs](https://menajobs.me/expat-guide/kuwait/for/egyptians?ref=luciemoira.ghost.io) nous rappelait la longue histoire de la coopération égypto-koweïtienne : 

> Le corridor entre l’Égypte et le Koweït est l’un des plus importants du monde arabe. Il remonte aux années 1950, quand la richesse pétrolière du Koweït a fait venir à lui enseignants, médecins, ingénieurs et magistrats pour incorporer les tout nouveaux services publics de cet émirat indépendant. Cette vague fondatrice a bâti le système scolaire, les hôpitaux, les cours de justice et l’administration publique.

> \[…\]

> Cette attraction a des raisons structurelles. Les salaires sur place sont généreux (souvent plus élevés qu’aux Émirats arabes unis ou en Arabie saoudite, du moins pour des postes d’expérience), l’arabe est la langue commune aux secteurs publics, judiciaire et éducatif, les taxes sont de zéro et le vol de 2 heures 30 est le plus court de toutes les capitales présentes au sein du Conseil de Coopération du Golfe.

![La banque centrale du Koweït, couleur désert, superbe architecture qui crie à quel point du pognon dedans, y en a plein.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/10/02-banque-koweit.webp)

La Banque Centrale du Koweït en septembre 2024\. CC SamyrTotto / Wikimedia Commons

Mais le pays de 5 millions d’habitants se voit confronté à un manque assez critique de liquidités, fort accentué par la guerre des États-Unis en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. On pourrait croire que la hausse de prix du baril arrangerait un pays qui vit principalement de ses exports pétroliers, mais un prix élevé ne vaut rien si votre produit vous ne pouvez pas le vendre, n’est-ce pas ? Ces tensions, ajoutées au jeu de yo-yo qui caractérise le marché des énergies fossiles et aux nouvelles incertitudes à court, moyen et long-terme sur les équilibres de la région, se mêlent pour affaiblir sérieusement l’économie du pays. 

Pour l’année fiscale 2026-2027, le ministère des Finances s’attend à un déficit de [plus de 30 milliards de dollars](https://gulftimesnow.com/kuwait-budget-deficit-widen-2026-2027-oil-income/?ref=luciemoira.ghost.io) (après les 23 milliards de l’année précédente). C’est ce qu’il en coûte de voir ses exports pétroliers [diminuer de 30 %](https://edgeconsultancykw.com/kuwait-fiscal-deficit-oil-revenue-fy2025-2026/?ref=luciemoira.ghost.io). De plus, le [*Times Kuwait*](https://timeskuwait.com/kuwait-faces-widening-budget-deficit-as-capital-outflows-raise-fresh-economic-concerns-al-shall-report/?ref=luciemoira.ghost.io) rappelle que les comptes du pays ont accumulé les problèmes au cours des dernières décennies. L’investissement étranger aurait reculé de plus de 70 % l’année dernière en comparaison de l’année précédente, vraisemblablement compte tenu du contexte géopolitique… tandis que les capitaux koweïtiens filent, eux, à l’étranger, déplore le journal en s’appuyant sur des données de la firme de consulting [Al Shall](https://www.alshall.com/?ref=luciemoira.ghost.io). 

Il est donc temps de couper, mais quoi ? Les salaires de la fonction publique ([60 % des dépenses de l’Éta](https://kuwaittimes.com/article/31681/kuwait/other-news/behind-the-kd-5bn-drop-in-kuwaits-budget-deficit/?ref=luciemoira.ghost.io)t) ont de quoi séduire le sécateur du nouvel émir. Arrivé sur le trône en 2023, à l’âge de 83 ans, pour succéder à son demi-frère, il semble en effet particulièrement amateur de pinces coupantes.

![L’émir actuel du Koweït, moustache teinte en noir et sourire que l’on jurerait franc et sympathique (je ne plaisante pas, je ne sais pas comment il fait ça).](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/10/03-emir-koweit.webp)

Mechaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, l’émir du Koweït, également président honoraire de la Kuwait Amateur Radio Society, de l'Association des pilotes d'aéronefs et du Diwan des poètes, recevant l’ordre de Moubarak le Grand, la médaille la plus honorifique de son pays, en décembre 2024\. CC Bureau d Premier Ministre Indien / Wikimedia Commons.

À la question « qui dégager ? », l’émir (par ailleurs Collier de l'ordre saoudien du roi Abdelaziz, membre de classe exceptionnelle de l'ordre de Cheikh Issa ben Salmane Al Khalifa du Bahreïn, Commandeur de l'ordre national de la Légion d’honneur de la République française et Chevalier grand-cordon de classe spéciale de l'ordre de la Couronne de Thaïlande) a une réponse très claire en tête, que l’on peut résumer par : « les étrangers ». Une continuation logique de sa politique qui, à peine six mois après sa nomination, a commencé par suspendre le Parlement, annoncer une révision de la Constitution et procéder à quelques arrestations d'opposants par crainte que la démocratie « ne détruise l’État ». 

> « Je ne vais pas les citer, mais il y a des intrus étrangers qui n'ont pas les mêmes habitudes, la même langue que nous ». Le ministre de l'Intérieur, Cheikh Fahad al-Yousef, à la télévision koweïtienne [Al-Rai TV](https://www.alraimedia.com/article/1719616/%D9%85%D8%AD%D9%84%D9%8A%D8%A7%D8%AA/%D8%A3%D8%AE%D8%A8%D8%A7%D8%B1-%D9%85%D8%AD%D9%84%D9%8A%D8%A9/%D8%A7%D9%84%D9%8A%D9%88%D8%B3%D9%81-%D8%A7%D9%84%D9%83%D9%88%D9%8A%D8%AA-%D9%83%D8%A7%D9%86%D8%AA-%D9%85%D8%AE%D8%AA%D8%B7%D9%81%D8%A9-%D9%84%D9%88-%D8%AA%D8%A3%D8%AE%D8%B1%D9%86%D8%A7-%D9%84%D8%A7%D8%AE%D8%AA%D9%84%D9%81%D8%AA-%D8%AA%D8%B1%D9%83%D9%8A%D8%A8%D8%AA%D9%87%D8%A7-%D8%A8%D8%B7%D8%A8%D8%B9%D9%87%D8%A7-%D8%A7%D9%84%D8%A3%D8%B5%D9%8A%D9%84?ref=luciemoira.ghost.io). (Cité et traduit par France 24).

Pour arriver à ses fins, le régime n’hésite pas à déchoir de leur nationalité koweïtienne des citoyens par dizaines de milliers. Une mesure particulièrement vicieuse quand on sait que, pour l’acquérir, il faut accepter de renoncer à son propre passeport : là-bas, la double-nationalité n’existe pas. Et pour vous rendre apatride du jour au lendemain, le gouvernement a plus d’un tour dans son sac, nous racontait l’an dernier [France 24](https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20250313-virage-autoritaire-kowe%C3%AFt-apatride-citoyens-dechus-de-leur-nationalite-phenomene-inedit-decheance?ref=luciemoira.ghost.io), dans un article intitulé « Virage autoritaire au Koweït, 42 000 citoyens déchus de leur nationalité » :

> La promulgation en décembre d’un amendement législatif autorisant la déchéance de nationalité pour « turpitude morale ou malhonnêteté », ou pour des actions « visant à menacer la sécurité de l’État », y compris des critiques « à l’égard de l’émir ou de figures religieuses », est venu faciliter les choses.

> Un Comité suprême chargé d'enquêter sur la citoyenneté koweïtienne, présidé par le ministre de l’Intérieur, examine les cas. Et chaque semaine, des listes sont rendues publiques, suscitant l’angoisse chez les Koweïtiens, qui les parcourent frénétiquement, craignant d’y retrouver leur nom ou celui d’un proche, raconte le [*Financial Times*](https://www.ft.com/content/03f51141-ddde-439e-ba57-e82f5ffb2696?ref=luciemoira.ghost.io).

> \[…\]

> C'est le cas notamment des épouses de Koweïtiens. Ces dernières étaient devenues Koweïtiennes et se retrouvent maintenant apatrides. Elles n’ont plus accès aux soins hospitaliers gratuits, ni ne peuvent renouveler l’inscription de leurs enfants à l’école publique.

Des mesures cruelles, entraînant également la perte du droit à posséder des terres ou la majorité des parts d’une entreprise, la fin de l’accès aux prestations sociales voire, dans certains cas, la suspension immédiate du permis de conduire et la clôture du compte bancaire. Tout un ensemble de procédures « *similaires à un régime d’apartheid* », appuie le magazine « d’affaires internationales » [*New Lines*](https://newlinesmag.com/essays/kuwait-is-stripping-its-people-of-citizenship-at-an-unprecedented-rate/?ref=luciemoira.ghost.io), dans un long, très long reportage (sa version audio fait pas moins de 32 minutes). Il aide à comprendre comment un amendement au code de la citoyenneté est venu diviser les citoyens en classes distinctes, selon leur origine. Désormais, voici les descendants de citoyens naturalisés« *classés comme naturalisés à perpétuité* ».

Une institutrice des États-Unis expatriée au Koweït témoigne de ses conditions de travail pour la chaîne locale de Louisiane KSLA. Elle évoque surtout les bombardements iraniens autour d’elle, qui « inquiètent les enfants ».

On peut ainsi se retrouver du jour au lendemain dans la catégorie des « [Bidounes](https://fr.wikipedia.org/wiki/Bidoune?ref=luciemoira.ghost.io) », citoyens sans nationalité ni droits, et surtout sans possibilité de recours, sans avoir jamais pu plaider sa cause devant un tribunal. Le tout, insiste [une campagne de pression](https://minorityrights.org/kuwait-citizenship-stripping/?ref=luciemoira.ghost.io) lancée par neuf organisations de défense des droits humains, dans le cadre d’une application rétroactive. Ce qui constitue « *une violation de l’article 32 de la Constitution* ». 

Pourtant, il demeure possible d’enseigner en étant d’origine étrangère [ou même « Bidoune »](https://kuwaittimes.com/article/49395/kuwait/other-news/moe-dismisses-7000-teachers/?ref=luciemoira.ghost.io). Voilà pourquoi, pour tailler dans le Budget et se lancer dans les joies de la préférence péninsulaire, il n’y a pas d’autre solution que de les licencier le plus rapidement possible.

**Pour s’aérer, et même si grande est la tentation de vous proposer une vidéo de l*[**a chaîne YouTube du ministère de l’Éducation du Koweït*](https://www.youtube.com/@moekwt?ref=luciemoira.ghost.io) *(je pense notamment à* [**cette FAQ avec M. Ali Al-Obaidli, superviseur technique*](https://youtu.be/yfPXK03KRAU?si=u-9la40B2qZEu0WU&ref=luciemoira.ghost.io)**), j’ai finalement opté pour ce tube de pop koweïtienne, signé de la chanteuse star Nawal, sans rapport avec le sujet mais plus doux pour les neurones.* 

Lors d’une précédente charrette en 2023, c’est plus de 80 % du personnel licencié qui était d’origine égyptienne. Le Caire n’est donc pas du tout tranquille à l’idée de voir rentrer à la maison des chômeurs par milliers sans aucune ressource. Pour parer au plus pressé, le ministre des Affaires Étrangères a pris langue avec son homologue koweïtien pour tenter de recaser les personnels dans le secteur privé. Le secrétaire général du syndicat des enseignants égyptiens, Khalaf Al-Zanaty, a fait de même avec la Kuwait Teachers Society. Une démarche bien accueillie de l’autre coté de la Mer Rouge, selon le [*Middle East Monitor*](https://www.middleeastmonitor.com/20260923-egypt-moves-to-address-kuwait-teachers-job-losses/?ref=luciemoira.ghost.io), mais dont on attend encore les fruits.

Les victimes sont plus circonspectes, comme en témoigne une institutrice qui travaille depuis 28 ans dans la monarchie du Golfe et qui s’est confiée à [*Ahram Online*](https://english.ahram.org.eg/UI/Front/Inner.aspx?NewsContentID=577309&ref=luciemoira.ghost.io) :

> C’est pour elle un choc, comme pour de très nombreux Égyptiens employés sur place. « Nous sommes en train de finaliser les procédures de révocation, et nous retournerons en Égypte immédiatement après. Nos enfants sont déjà inscrits dans des écoles ici, au Koweït, certains ont même débuté les cours à l’université. Que sommes-nous censés faire, dans tout ça ? », demande-t-elle.

> « Mettre fin à nos contrats de façon si abrupte, sans nous donner assez de temps pour nous débrouiller, nous met dans une situation vraiment difficile. Nous espérions au moins, au minimum du minimum, qu’il nous serait permis d’aller jusqu’au bout de l’année scolaire en cours, histoire de pouvoir faire ensuite face à l’après, quel qu’il soit », ajoute-t-elle.

Pour l’instant, aucune procédure de réintégration des expatriés exilés au sein du corps éducatif égyptien n’a été officiellement évoquée. Ou alors pour rappeler, de la bouche du porte-parole du ministère de l’Éducation Shadi Zalata, cité dans le même article, que le gouvernement n’est obligé de rien. Après tout, « ces enseignants ne sont pas des employés du ministère, pas plus que le ministère ne les a détachés pour travailler au Koweït. Ce sont des enseignants non-affiliés, qui ont décidé d’eux-mêmes d’aller là-bas pour travailler ».

Ce qui est vrai mais un peu lâche. Au sens de « mou », nous sommes d’accord. Et de « couard » aussi, maintenant que j’y pense.

Si l’aventure vous tente malgré tout, je vous recommande ces conseils de Sofia, principale en primaire qui a regroupé en une seule vidéo les formats de la routine matinale, du tuto beauté et des prescriptions pour expatriés en quête de contrats d’enseignement au sein de la monarchie pétrolière.

C’est un genre plein d’avenir (et sûrement un secteur plus porteur) :

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