> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://luciemoira.ghost.io/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Des chouettes au chaud
- URL: https://luciemoira.ghost.io/chouettes-terriers-panneaux-solaires-28-09-26/
- Published: 2026-09-25T13:38:25.000Z
- Updated: 2026-09-25T13:38:25.000Z
- Description: L’Arizona expérimente une méthode pour mêler la vie sauvage aux centrales solaires géantes.
- Author: Lucie Moira
- Tags: USA

« Tu vois, les oiseaux se divisent en deux catégories. Ceux qui nichent, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. »

Bien. Manifestement, la chouette des terriers n’a jamais vu *Le Bon, la Brute et le Truand*, sinon elle aurait trouvé ma blague beaucoup plus drôle.

![Une chevêche des terriers debout sur un poteau. Ses yeux ) demi-fermés laissent croire qu'elle fait vraiment la gueule.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/09/05-chouette.jpg)

Chouette (ou chevêche) des terriers (Athene Cunicularia) en Floride en 2011\. CC Dori / Wikimedia Commons.

Ou alors, c’est qu’elle préfère que l’on soit, dans la vie, bien précis. En l’occurrence, la chouette —ou « chevêche »— des terriers, ne creuse pas. Elle s’installe dans des trous déjà formés, puis désertés, par exemple par des écureuils ou des marmottes. Là, elle se trouve en position idéale pour vivre au frais (c’est une espèce que l’on trouve dans les régions arides et chaudes des États-Unis) et se nourrir d’insectes et de petits rongeurs.

Il lui faut cependant croiser les serres pour espérer n’être pas chassée trop rapidement. Comme pour toutes les espèces sauvages, son territoire se réduit drastiquement. Son nouveau concurrent est assez inattendu car ce qui se développe particulièrement bien en ce moment dans ses régions de prédilection —California, Nevada, Utah, Colorado, Arizona, Nouveau Mexique et Texas—, ce sont les panneaux solaires. 

![Des panneaux solaires par centaines installés dans le désert de l'Arizona.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/09/07-longroad.jpg)

La centrale solaire Sun Streams 2 à Maricopa County, Arizona. © [Longroad Energy](https://www.longroadenergy.com/?ref=luciemoira.ghost.io)

C’est là qu’intervient [Wild at Heart](https://wildatheartraptors.org/?ref=luciemoira.ghost.io), une société ornithologique de l’Arizona. Ouverte 24H sur 24 et 7 jours sur 7 pour conseiller et aider à secourir et soigner les oiseaux malades ou blessés, elle a aussi pour activité de venir en aide aux chevêches des terriers lorsqu’un projet de construction menace de détruire leurs habitats. En principe, nous explique *Audubon*, le magazine de l’association de protection des oiseaux du même nom, c’est pour les faire emménager dans des fermes (l’irrigation et la végétation s’avèrent pleines de bonnes petites choses à croquer, quand on est insectivore). Mais l’artificialisation des terres les pousse toujours plus loin. « Jusqu’à 100 à 150 kilomètres », se plaint Greg Clark, le coordinateur des habitats de Wild at Heart. Ce n’est pas le trajet qui le dérange. C’est le temps passé, qui rend plus difficile de mener à bien sa mission : les protéger toutes.

Or en Arizona, la loi exige de sonder les terres à la recherche de vie sauvage avant de lancer un chantier de construction énergétique. C’est au cours d’une de ces prospections, sur le terrain de la ferme solaire Sun Streams 2, que la firme Longroad Energy a découvert 8 chouettes des terriers. Pour les reloger, le réflexe d’appeler Wild at Heart allait de soi… et fut l’occasion, pour le vice-président de Longroad Energy en charge de l’environnement, Deron Lawrence, d’apprendre à quel point les refuges se raréfiaient.

> Une fois la construction achevée, Lawrence s’est demandé s’il serait possible de ré-accueillir cette espèce. Longroad a offert au groupe environ 250 acres nichés entre Sun Streams 2 et 3 pour le projet de relocalisation de chevêches des terriers. Clark a sauté sur l’occasion. Il avait déjà installé des chouettes dans des fermes solaires, mais jamais à cette échelle. Tous deux espéraient faire la démonstration qu’un site solaire équipée du bon type d’habitat pourrait procurer un espace sûr aux colonies. Ils se sont mis au travail, mettant en place des terriers et y déposant un couple dans chacun d’entre eux (au début, la zone était entourée d’un filet afin d’éviter qu’ils s’envolent pour leurs précédentes demeures). Ils ont aussi disposé des lampes dans le but d’attirer les insectes et, chaque jour, des souris décongelées, le temps que les rapaces s’adaptent à leurs nouvelles tanières.

![Greg Clark en train d'installer l'armature d'une tente dans le désert de l'Arizona.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/09/08-chouette-tente.jpg)

© Greg Clark / Wild at Heart

Dans un autre article, le [*National Geographic*](https://www.nationalgeographic.com/animals/article/saving-burrowing-owls-arizona?ref=luciemoira.ghost.io) revient sur les difficultés inattendues rencontrées par l’équipe au début de ces excavations artificielles. Il était fréquent par exemple que certains œufs soient délaissés par les parents, trop stressés par la promiscuité (de 6 à 10 chouettes par tente). C’est pourquoi Clark et ses collègues s’assurent désormais que chaque couple dispose bien de son propre terrier. Ils ont néanmoins continué à apprendre au cours de cette nouvelle opération, innovante et destinée à être déclinée dans d’autres fermes solaires :

> Pour cette expérimentation, Longroad a financé la surveillance et l’alimentation tout au long de la saison de reproduction (normalement, Wild at Heart n’a la capacité de le faire que pour une durée de 30 jours). Au bout d’un mois, toutes les femelles avaient pondu. « Ça marche », pensa Clark. Fin juin, 36 oisillons avaient éclos. En trois mois, 29 petits étaient prêts à s’envoler. Clark a progressivement cessé ses livraisons de repas pour les encourager à chasser par eux-mêmes. Puis, signe encourageant, il a remarqué des carcasses d’insectes dans leurs déjections. Fin août, Wild at Heart cessait complètement de les nourrir.

![Une chouette des terriers debout, devant l'entrée de son terrier artificiel. On jurerait qu'elle nous invite à entrer prendre un thé.](https://storage.ghost.io/c/18/ae/18aee915-8c31-4967-8b5e-fc9525068881/content/images/2026/09/09-chouette-charmeuse.jpg)

© Greg Clark / Wild at Heart

Ne reste plus qu’à élargir le système au reste des centrales solaires. Il faudrait aussi songer à en faire bénéficier les oiseaux moqueurs, l’autre espèce de la région mise en danger par la raréfaction de son habitat. Clark, nous dit encore *Audubon*, imagine convaincre les entrepreneurs de végétaliser leurs implantations, ce qui attirerait naturellement les proies des chevêches, et donc les chevêches elle-mêmes. « *À l’heure actuelle, Lawrence reconnaît que ça n’est pas dans ses projets. En revanche, il discute avec Clark d’un potentiel design novateur pour les panneaux solaires, qui capterait l’humidité présente dans l’air afin de permettre aux plantes de pousser d’elles-mêmes* ».

Si, en hébergeant les chouettes, ces deux copains finissent par verdir l’Arizona et le Nouveau Mexique, en les illuminant de mille capteurs d’ébène récoltant le soleil à toute heure du jour, j’espère simplement qu’ils penseront aussi aux terrains de camping et aux safaris photo.

[Audubon](https://www.audubon.org/magazine/how-burrowing-owls-found-home-arizona-solar-farm?ref=luciemoira.ghost.io)